" Instrument à la réputation agreste et rustique, coutumier des fêtes patronales, des guinguettes et des noces champêtres qu'il anime, l'accordéon est trop modeste pour se vanter de ses lointains ancêtres venus de Chine, patrie de toutes les inventions. Du snobisme et de la morgue de ses collègues, qui fréquentent les grands orchestres, il n'a que faire et exhibe avec un aplomb désinvolte sculptures et paillettes, marqueteries et ivoires. Autant d'ornements qui lui confèrent l'élégance d'un paysan endimanché. "

Davide ANZAGHI, compositeur


Qu'est ce qu'un accordéon ?

L'instrument de musique dénommé -accordéon - se compose des éléments suivants :

 

- deux boîtiers ou caisses,

de forme généralement parallépipédique, en bois, mais pouvant être réalisés en matériaux synthétiques ou composites, vernis, peints, recouverts de nacrolaque ou de celluloïd, pouvant être décorés de perles, recouvert de galuchat ou encore incrustés de nacre, d'os, d'ivoire... marquetés avec des essences de bois précieux (bois de rose, citronnier ...) et/ou de filets décoratifs mêlant le bois, la nacre et autres matériaux.

- un soufflet

qui, mis en mouvement de façon manuelle par l'utilisateur produit une coloone d'air sans qu'il n'y ait toutefois de réservoir régulateur de pression. Ce qui fait de l'accordéon un instrument de musique expressif.

- un clavier :

moyen mécanique constitué d'un ensemble de touches de type boutons, piano, à palette ou autres, apparent ou non. En étant actionnées par la pression des doigts ces touches libèrent le courant d'air provoquant la mise en mouvement des anches libres métalliques situées dans la partie intérieure de la caisse de l'instrument. L'ensemble du dispositif est logé dans le boîtier ou caisse. La plupart du temps l'accordéon est doté d'un second clavier monté dans la caisse opposée.

- des anches libres métalliques - coeur de l'accordéon - elles génèrent le son.

Il convient d'en donner ici une définition :

Généralement languette de métal (couramment laiton ou acier) découpée, de forme trapézoïdale, rectangulaire ou conique. Elle est fixée à sa base par tous moyens mécaniques (visse ou rivet) ou bien encore par collage sur une plaque rectangulaire : le châssis en zinc, en aluminium, en laiton ou en plomb. On y pratique une ouverture légèrement plus large que l'anche elle-même : la fenêtre. Sous l'impulsion d'un courant d'air variable, elle peut osciller de part et d'autre de ce point de fixation dans la "lumière " : espace qui sépare l'anche des parois de son support (le châssis). Telle est l'anche libre.

 

De façon générale on constate que le châssis peut comporter une ou plusieurs anches.

Lorqu 'il y une anche, elle est fixée sur le châssis (châssis monolame).Dans le cas deux anches, elles peuvent être fixées soit côte à côte, soit l'une au recto et l'autre au verso du châssis. Dans le cas de plus de deux anches elles sont fixées sur une "plaque".

Fixées d'un même côté les anches n'émettront un son (fréquence) qu'en poussant le soufflet.
Fixées de part et d'autre du châssis, elles émettront un son de façon alternative lorsque le soufflet est actionné en tirant (anche au verso) et l'autre lorsque le soufflet est ramené (anche au recto)

Une languette en cuir naturelle, en matière synthétique ou en plastique, découpée en une fine lamelle dénommée "peau à musique", peut recouvrir certaines anches en étant collée à sa base en opposition à celles-ci, elle a alors un rôle de soupape permettant ainsi d'obstruer ou non le passage du courant d'air selon le sens dans lequel le soufflet est actionné. Ainsi l'anche qui lui fait face est mise ou non en vibration selon que la peau est " ouverte " ou " fermée ".

Le jeu d'anches contenu dans un même instrument - appelé "musique" - est fixé au moyen de colles, de cires, de clous et/ou de visses sur un support en bois appelé "sommier", qui est soit mobile, soit monté directement sur la table d'harmonie dans la caisse. Lors d'un montage non collé ou ciré, une peau ou cuir, naturel ou synthétique, ou bien encore une quelconque matière est appliquée sur le sommier, pour le garnir, de manière à rendre étanche à l'air le montage des châssis sur le sommier.

 

Les anches ainsi montées sur leur châssis doivent être réglées puis accordées.

- Le réglage de l'anche libre s'obtient en écartant plus ou moins cette dernière de son châssis, de telle sorte que la " lumière " soit plus ou moins importante, tout en conservant le profil galbé. Ainsi, l'anche libre démarrera plus ou moins rapidement en fonction de la pression du courant d'air.

- L'accordage : opération consistant à accorder puis harmoniser l'instrument.

Il s'agit de régler la hauteur de la note (fréquence) produite par une anche libre, soit en enlevant quelques fines particules de métal en son extrémité (pointe) au moyen d'une lime alors la note produite monte ; soit en procédant de la même manière à la base de l'anche (talon) à l'aide d'un outil spécifique (grattoir), et dans ce cas la fréquence donc la note obtenue baisse. L'accordage se termine par une "harmonisation" de l'ensemble de l'instrument.

L'anche libre métallique émet des vibrations dites isochrones ; c'est-à-dire que ces battements sont en nombre égal dans une période donnée et, ce, quelque soit la pression de l'air venant attaquer l'anche d'une part, où l' écartement de son support d'autre part.


Les différents types d'instruments

 

L'ACCORDÉON DIATONIQUE :

Dès le début du XIXème siècle l'anche libre métallique est associée dans la création de différents instruments de musique (exemple : l'orgue-expressif de GRENIER en 1810). C'est en 1829 qu'un fabricant d'orgues et de piano autrichien, Cyrill DEMIAN, demande un brevet pour un nouvel instrument de musique qu'il baptise : ACCORDION. Cet instrument est le résultat de la recherche d'une musique expressive et de la volonté de faire naître un instrument de musique portatif et polyphonique tout en utilisant le principe de l'anche libre métallique re-découvert en Occcident à la fin du XVIIIème Siècle.

L'instrument de DEMIAN est rudimentaire : " Il consiste essentiellement en une petite boîte sur laquelle sont fixées des lamelles métalliques, ainsi qu'un soufflet, et ceci de façon à le manier facilement..." (extrait de la demande de Brevet).

L'ACCORDION est alors doté de 5 touches laissant entendre chacune deux accords différents, l'un à l'ouverture du soufflet, l'autre à la fermeture (sysème " tirez-poussez "). Selon les termes du Brevet : " on peut interpréter beaucoup de chansons, de mélodies et de marches connues même en ignorant la musique, avec la douceur espérée et un agrément surprenant , en augmentant ou en diminuant la force du ton... Il devrait être certainement, une découverte bien accueillie de la part des voyageurs, ou de personnes des deux sexes visitant individuellement ou en société le pays, surtout parce qu'on peut en jouer sans l'aide d'une deuxième personne." C'est à l'époque romantique française que l'accordéon va conquérir les salons de la bourgeoisie.

A partir de 1829 l'ACCORDION de DEMIAN évolue rapidement vers l'ACCORDÉON DIATONIQUE tel que nous le connaissons aujourd'hui et qui dès 1860 va se populariser et se répandre sur tous les continents. Sa production manufacturée en Allemagne et en Italie permet une large diffusion. C'est à cette époque qu'il est adopté par les musiques populaires en Europe, notamment.

 

 

Aujourd'hui l'ACCORDÉON DIATONIQUE, après une longue période d'oubli connaît depuis les années 1970
et le " mouvement folk " un regain d'intérêt.

 

LE MÉLODÉON :

Le MÉLODÉON est un accordéon diatonique du type des instruments qui ont existés vers la fin du XIXème siècle. Pourvu d'un clavier mélodique de 10 boutons et d'un clavier d'accompagnement doté d'une basse et d'un accord, organisé sur le principe tonique-dominante, le MÉLODÉON, de fabrication allemande à l'origine, possède 4 voix sur 3 octaves (basson - 2 flûtes - piccolo) ce qui lui confère une sonorité particulière. Vers 1885 la Louisiane adopte le MÉLODÉON et les musiciens cadiens créent rapidement un véritable style musicale avec ce " petit accordéon ", qui est également très répandu en Irlande et au Québec.

 

L'ACCORDÉON CHROMATIQUE :

L'ACCORDÉON CHROMATIQUE à boutons résulte de divers perfectionnements survenus au cours du XIXème siècle, perfectionnements qui vont parfois faire se confondre les systèmes, les appellations et vont même détourner de leur signification les termes désignant certaines parties de l'instrument. L'on situe à la charnière du siècle, vers 1900, l'appartition du système " chromatique ". En fait il s'agit de la disparition du système tirez-poussez au profit du système uni-sonore (quelque soit le sens du soufflet, la note obtenue par une même touche est identique). Paralléllement les claviers sont désormais organisés sur trois rangées chromatique pour le clavier chant et le clavier d'accompagnement est doté de touches donnant des basses et des accords composés majeurs, mineurs et septième. Ainsi l'accordéon peut jouer dans toutes les tonalités et trouvera sa forme et son modèle type vers 1920. Différents systèmes d'organisation des claviers subsistent encore aujourd'hui : système italien (le plus répandu), système belge système français...

C'est également au début du XXème siècle que l'accordéon trouve sa capitale (Paris), des lieux où il peut s'exprimer (à commencer par le quartier de La Bastille), un public qui fréquente les bals-musette (les auvergnats, les classes populaires) et fonde un genre : le musette.

 

 

L'accordéon à touches piano, variante de l'accordéon chromatique à boutons, possède un clavier de type piano au chant, et un clavier d'accompagnement identique à celui de l'accordéon boutons. L'accordéon piano est le système d'instrument le plus répandu à travers le monde.

 

 

L'ACCORDÉON DE CONCERT :

Posséder un clavier d'accompagnement avec des accords préparés n'est d'un point de vue musical certes guère satisfaisant (renversement d'accord, hauteur de la ligne mélodique, abandon du système tonal...). Aussi dès le début du XXème siècle quelques précurseurs entendent développer l'accordéon pour en faire un instrument de concert. Ils expérimentent divers systèmes de claviers main gauche mélodique comportant des rangées de basses seules en plus des accords composés. De ces tentatives naîtront ainsi ldifférents organisations des claivers : le systèmes dit "à bassettes "- rangées de basses rapportées au clavier éxistant, puis au début des années 1960, le sytème dit " à déclencheur " ou " convertisseur " - par un moyen mécanique le clavier des accords est converti en un clavier de notes seules - et enfin le sytème appelé HARMONÉON, créé en 1948 par Pierre MONICHON, présentant deux claviers mélodiques identiques main droite et main gauche, dotés de gros boutons. Comme on l'aura constaté, l'ACCORDÉON DE CONCERT se distingue de l'ACCORDÉON CHROMATIQUE uniquement par la ou les différences de son clavier d'accompagnement. Tout comme l'avaient fait par le passé des compositeurs célèbres comme TCHAIKOWSKY, ou encore CHOSTAKOVITCH qui avaient écrit des oeuvres comportant des parties d'accordéon, l'ACCORDÉON DE CONCERT sous ses diverses formes interesse les créateurs contemporains et il s'installe alors dans des répertoires et des genres musicaux jusque-là réservés.

 

 


LES COUSINS DE L'ACCORDOÉN

LE CONCERTINA :

C'est également en 1829 que le chercheur-physicien anglais Charles WHEATSTONE donne naissance à un instrument nommé : CONCERTINA ; préfigurant ainsi l'ACCORDÉON DE CONCERT actuel.

Le CONCERTINA est le plus généralementde forme hexagonale et produit la même note sur une échelle chromatique quel que soit le sens du soufflet et, ce, sur les deux claviers mélodiques disposés symétriquement de part et d'autre du soufflet. Le compositeur le plus illustre s'étant interessé au CONCERTINA est sans aucun doute Hector BERLIOZ. Pourtant très abouti dès sa création le CONCERTINA ne connaÎtra pas l'essor de l'accordéon. Il existe également des concertinas diatoniques (système du tirez-poussez ou bi-sonore).Le CONCERTINA est essentiellement utilisé en Angleterre, en Irlande, en Écosse, ainsi qu'en Afrique du Sud... Mais il est connu aussi pour être l'instrument des clowns et des gens du spectacle.

 

 

LE BANDONÉON :

Né en 1840 en Allemagne, il doit son nom à un hommage à Heinrich BAND, marchand de musique et éditeur qui a contribué à populariser le KONZERTINA allemand d'où il est issu. De forme "carrée", doté d'un soufflet en 3 parties, il possède 2 claviers mélodiques qui produisent une gamme chromatique. La particularité du BANDONÉON provient de son timbre unique, sonnant comme un " cuivre bouché " main droite et un " bois " main gauche ; chaque touche produisant un son doublé à l'octave. Le clavier de la main droite sonne à une octave au-dessus du clavier de la main gauche. Il existe deux types de bandonéons : les modèles " chromatiques " (uni-sonores), dont on doit la création en 1924 à Louis PÉGURI (accordéoniste) et les modèles diatoniques (bi-sonores), modèles originels qui possèdent cependant une échelle chromatique.

Le BANDONÉON apparaît d'abord dans les temples protestants qui ne possèdent pas d'orgues et lors des processions religieuses. Il est utilisé pour les musiques à danser, notamment en Pologne. Au début du XIXème siècle, il est exporté vers l'Uruguay et l'Argentine où il est rapidement intégré à la musique tango ; Buenos Aires devenant dès lors la mère-patrie du BANDONÉON. Dans les années 1920, le BANDONÉON sera popularisé à PARIS qui découvre alors le tango. La très grande expressivité de l'instrument lui permet d'être tout aussi rageur que mélancolique. Aujourd'hui le BANDONÉON s'intègre également au jazz, à la variété ou encore à la musique contemporaine.

 

L'ACCORDINA :

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